L'Imprudence
- Label : BARCLAY
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 21/10/2002
Alain Bashung, main dans les poches, regard de biais, froid, à l'orée d'un bois nous observe. Il semble proche mais plus que jamais inatteignable, loin dans son univers. L'Imprudence, 4 ans après le coup de maître de Fantaisie Militaire, renouvelle l'exploit. L'Imprudence est un disque compliqué, plein de recoins, de couloirs, d'endroits, d'envers. C'est un album qui demande un certain investissement dans son écoute, pas le genre de musique que l'on approche à la légère d'une oreille étourdie. Il faut donc plonger dans l'?uvre, s'immerger.
Bashung qui avait si bien chanté sur son album précédent récite des textes de plus en plus abstraits. "Je Me Dore" serait-il un des plus beaux jeu de ping-pong du duo Bashung/Fauque ? À moins que ce soit "Mes Bras" et sa réplique-culte "Mes bras connaissent la menace du futur, les délices qu'on ampute pour l'amour d'une connasse". Cette écriture en duo, l'un réagissant sur l'ébauche de l'autre jusqu'à plus soif se trouve ici à son apogée. Les textes qui en découlent me parlent, me touchent. A chaque écoute je peux leur donner ma propre signification, je peux y greffer une histoire à moi, je peux l'interpréter de tant de façons différentes.
La musique empile les couches tout en finesse. Bashung enregistre beaucoup à droite à gauche puis, tel un couturier coupe à grands coups de ciseaux. Il plie, coud, ass1emble, superpose patrons en papier de soie fin comme la peau, tissus épais, fils d'or, voiles légers. "Mes Bras" est un bel exemple de cette sobriété. Deux notes, trois accords, une ambiance sonore distordue. Puis les violons se glissent dans une faille, la basse montre le bout de son nez, le ton monte, les cuivres posent quelques marques. Pour finalement s'éteindre et laisser le piano clôturer le tout en douceur.
Au centre du disque, l'abstraction prend toute son ampleur. "L'Irréel" où il ne reste plus que l'essentiel. "Qu'on me disperse, je suis noir de monde". Petit creux au centre, sorte de dépression des Açores aidant à faire sentir à quel point le niveau remonte. Pour boucler la boucle, ce disque se termine sur une version de "Tel" enregistrée en une prise, "L'Imprudence". Comme pour prouver que la richesse de sa musique, de ses mots peuvent changer de peau.
Bashung a souvent dit qu'il n'aimait pas le côté figé d'un album, qu'il n'aimait pas coucher d'une version définitive ses morceaux, que ses chansons avaient besoin de vivre leur vie après l'enregistrement, de bouger comme une poutre qui travaille, qui évolue.
C'est parce que la musique de ce grand Monsieur est VIVANTE.