A Place To Bury Strangers
- Label : Killer Pimp
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 17/09/2007
A Place To Bury Strangers... Littéralement "un endroit pour enterrer les étrangers". Drôle de nom, n'est-ce pas ? Plutôt morbide et violent en réalité. Tout comme la pochette hallucinée et presque mécanique qui laisse entrevoir un monde de destruction qui ne va pas tarder à s'échapper au travers de nos enceintes.
Cet album éponyme c'est d'abord le résultat de 4 années laborieuses passées à dénicher des effets sonores de malade (le groupe fabrique ses propres pédales de distorsion, overdrive et fuzz) et à tourner avec les plus gros groupes de la scène alternative. En effet, le power trio new-yorkais conduit par Oliver Ackermann a beaucoup appris lors de ses tournées et premières parties avec des géants comme le Brian Jonestown Massacre, les Jesus & Mary Chain, les BRMC ou encore Nine Inch Nails. Que du beau monde, et autant d'influences sur la nature du son et du jeu d'APTBS.
On comprend alors mieux pourquoi ce groupe se hisse à la pointe d'une énième résurrection du shoegaze : APTBS semble prendre les meilleurs éléments de tous ces groupes cultes et notamment les plus extrêmes. APTBS invente un "shoegaze hardcore", d'une certaine façon.
D'un côté se trouve le mur de son caractéristique du mouvement, tellement brutal et rentre-dedans qu'il aspire complètement l'espace et devient une entité à lui tout seul. Il est aussi maintes fois déchiré par de nombreux effets et sait créer aussi bien une combustion spontanée du cerveau de l'auditeur qu'une ambiance glaciale de mort à en faire pâlir tous les récalcitrants au genre. On y retrouve parfois le spectre de The Cure. De même que dans le chant, qui demeure parfois trop en retrait et peu dynamique, caché quelque part sous les différentes couches de ce son granuleux. D'autre part, la basse s'en donne à coeur-joie et martèle constamment son empreinte dans cette mélasse sonore, rappellant bien souvent les groupes post-punk, et notamment Joy Division. Et puis il y a cette batterie, totalement surexcitée, bourrine, répétitive, alliée à de l'électronique et des rythmes industriels. Ce qui donne un son vraiment novateur (en apparence) et jouissif, à la fois mélancolique et ultra dynamique, proposant aussi des ambiances sombres et planantes. L'album s'ouvre alors sur un déchaînement démoniaque et énorme : "Missing You", "Don't Think Lover", "To Fix The Gash In Your Head"; un trio de tête qui déboîte (de la même manière qu'un mauvais rêve où vous seriez percuté de plein fouet par un train lancé à vive allure).
On ne peut pas non plus oublier une ressemblance avec les envolées passionnées de My Bloody Valentine et des mélodies pop et douces en arrière plan qui viennent contraster avec la véritable violence qu'administrent les musiciens à leurs instruments. Sur ces plages sonores viennent se poser des morsures profondes délivrées par la guitare d'Ackermann, qui oublie malgré tout de varier son jeu, rendant l'oeuvre assez opaque.
Et si l'ensemble est cohérent, détonnant, les chansons ont surtout tendance à toutes se ressembler (de "The Falling Sun" à "Breathe", rien de très palpitant) et on ne retiendra que les morceaux les plus dynamiques au détriment de musiques d'ambiance qui sans être mauvaises arrivent à lasser ou à ennuyer car leur lenteur et leur trop forte ressemblance avec d'autres groupes viennent gâcher leur effet, qui du coup devient assez soporifique. S'il y a une chanson qui se dégage du lot c'est bien "I Know I'll See You" qui est un tube en puissance et aguiche avec son refrain efficace et sa rythmique hypnotique. Elle a aussi le mérite d'amorcer la dernière partie de l'album plutôt sombre avec "She Dies" ou encore "Ocean".
Au final, si les new-yorkais ont trouvé une formule qui marche il leur reste à trouver un moyen de se diversifier et une véritable personnalité pour les démarquer du reste de la scène shoegaze. Album certainement brutal et difficile d'accès pour bon nombre de personnes (qui seront enterrées sous ce déluge pyrotechnique) il est toutefois intelligent et réussit à marquer avec des compositions riches et puissantes. Indispensable pour les fans du genre.