Paris [Olympia]
10/05/2002
Transcrire ce concert est un véritable calvaire. Une représentation de Tool ne se raconte pas, elle se vit. Rares sont les musiques qui saisissent aussi bien votre corps que votre esprit, voire même, pour certains d'entre vous, votre âme. Celle de Tool y parvient aisément.
Résonnent soudain dans l'obscurité les premières notes de l'intro du diluvien "Flood". Les musiciens s'installent, Maynard, tout de noir vêtu, prend position sur son estrade, en retrait sur le côté gauche de la scène, près de la batterie de Danny, mais derrière la guitare d'Adam et la basse de Justin, qui ouvrent la danse. Deux écrans projettent sur scène les clips mêlant imagination, magie et anatomie. Ces derniers sont encore plus intenses et fabuleux que les magnifiques et sensationnels vidéo-clips du groupe. Les images sont parfaitement intégrées au show; elles en sont même un élément essentiel. L'hypnose gagne le public. Les yeux sont grands ouverts, le corps est immobile comme impuissant devant cette écrasante beauté. Le concert s'intensifie soudainement avec "The Grundge". Le son devient encore plus profond. La voix de MJK touche brutalement le sublime, la perfection. Alors que l'on ne se remet pas totalement de ce premier acte, le groupe enchaîne immédiatement avec "Skinfist", en version légèrement allongée. La pression est à son comble, aucun spectateur ne peut résister, tous tombent dans la folie. L'hallucination est collective, on sait déjà qu'on assiste à un concert, que dis-je, à une expérience unique. Le groupe se retire alors. Comme au Zénith quelques mois avant, les écrans et la sono balancent un clip du groupe: ce soir, "Parabola". Colossal, éblouissant, merveilleux. Aucun de ses adjectifs ne peuvent exprimer mes sentiments. Tout juste peuvent-ils évoquer la réalisation de "Schism" et ses dix minutes vertigineuses. S'enchaînent alors deux anciens morceaux : "4°" et "Sober". Ce dernier est étroitement reproduit, la voix de MJK est toujours aussi déchirante et chargée de désespoir.
Premier interlude de la soirée. Si mérité et si important dans les ?uvres du groupe. Sons de cloche, bizarreries électroniques. On reprend un peu nos esprits. On se demande ce qui va nous tomber sur la tête. On en rêvait sans vraiment y croire mais c'est bien l'association "Disposition"/"Reflection" ?un des passages les plus prodigieux de Lateralus- qui nous est divinement offerte. Un nouveau rêve. Le temps s'est définitivement arrêté. On se sent seul. On ne sait plus où l'on est. On ne pense plus. Tool s'est progressivement emparé de chacun d'entre nous. On est à sa merci.
Le groupe invite alors le batteur de Pablo, combo assurant une anecdotique première partie. Peut ainsi débuter l'instrumental "Triad" qui voit MJK se cacher derrière son écran avec sa guitare aux formes étranges. Le morceau dure près de 10 minutes mais est bien plus intéressante que la version studio. L'intensité ne baisse pas. Au contraire, on est transporté. Vient alors une sympathique pause, avec MJK chantant un happy birthday (big asshole) à Danny. Le groupe se bidonne, le public apprécie. "Opiate" met un terme à la plaisanterie. Puis, on est remercié d'être venus et encouragé à créer quelque chose de positif suite aux sentiments ressentis à ce concert. Tool nous quitte (au bout d'une heure et quarante minutes) avec un enchanteur "Lateralus", non sans nous avoir salué une dernière fois, réuni en cercle, devant la scène. Il nous sera difficile de retrouver nos esprits et de regagner, en silence, nos misérables et terrestres demeures.