Paris [Palais Des Congrès]
25/10/2009
Oui, bon alors, disons-le tout de suite, Sonic Youth au Palais des Congrès, c'est un peu comme boire un Ch. Léoville Las Cases dans un gobelet plastique : on se dit que ça va pas être génial. Sauf que quand on a la bouteille, et que des gobelets plastique sous la main, ben on s'adapte.
Et bien c'était un peu pareil ce soir au Palais des Congrès où près de 4000 jeunes (et par la même occasion beaucoup de moins jeunes à la quarantaine affutée) se sont donnés rendez-vous pour assister à la seule date française de SY.
Faut dire qu'on attendait ça avec fébrilité, et mon billet échangé contre quelques 55? (ben oui, cinquante cinq euros, je confirme) de se languir depuis quelques mois à côté du meuble à chaussures, dans lequel j'avais laissé se reposer une paire de Converses bleues, bien décidé à leur rendre ce dernier service d'aller au concert des niouyorkès avant de finir à la poubelle.
Allez hop, 20h ouverture des portes, et ambiance Salon des Etudiants, sauf que ceux-là ont troqué leurs fringues jean-propre-chemise-chaussures-cirées-je-vais-décrocher-un-stage contre une dégaine qu'un sociologue peu connaisseur aurait allègrement corrélé aux effets de la crise sur le pouvoir d'achat (vestimentaire) des joyeux lurons de sortie. Car de crise il n'y en pas pas pour toutes ces paires d'oreilles descendant main dans la main des Champs-Elysées pour gagner la porte Maillot, sous les mille feux d'un Hôtel Lafayette affichant indécemment 200? la nuit, et qui verra peut-être dans ses suites dormir ce soir la formation post-punk post-industrielle outre-atlantique.
Mais quand on aime on compte pas, mais par contre on décompte vite les minutes et les morceaux qui nous séparent de la fin du set, et du temps nécessaire à ce quintette pour revenir en France nous décrasser les tympans dans ce qui ne sera pas déjà, j'espère, le Grand Paris...
Et sous quelle forme d'ailleurs nous reviendront-ils? Car après Jim O-Rourke, bambin multi-instrumentaliste surdoué, c'est à l'occasion de ce nouvel album "The Eternal" que Mark Ibold de Pavement est venu s'insérer entre Lee Ranaldo et Kim Gordon. Rien de révolutionnaire dans l'apport scénique de cet invité de marque, ni dans l'apport musical d'ailleurs...
Distribution : Thurston Moore en grand post-ado tout sec, Steve Shelley en surpoids derrière la batterie, Lee Ranaldo toujours aussi beau, et Kim Gordon arborant une de ses habituelles robes improbables (elle n'a a priori pas eu le temps de faire les boutiques des Champs avant d'entamer le concert...). Montée sur chaussures à talons, elle évoque plutôt les sorties digestives estivales sur la croisette pour aller manger une glace.
Principalement tournés vers leur dernière galette, les quinquagénaires vitaminés distillent quand même quelques perles ("Cross The Breeze", "Tom Violence", "Shadow Of Doubt"...), qui mettent en avant, il faut bien le dire, l'évolution récente de SY vers un rock sans compromis, certes, mais bien plus linéaire. Si ce n'est les quelques plages de dissonance sonique mathématiquement ultra-maîtrisées par nos compères désormais marchands-représentants officiels des limes Facom (comprenne qui pourra...).
Ce sera finalement sur ces "anciens" titres (qui rappellent à ceux qui les ont écouté en boucle alors qu'ils étaient ado qu'il ne faudrait pas tarder à rentrer quand même, parce que demain y'a école pour les gamins - ha non, c'est les vacances de la Toussaint, ouf -...) que le concert trouvera son ossature, laquelle sera par ailleurs mise à rude épreuve pour les quelques dizaines de spectateurs bravant les sièges capitonnés de l'arène pour improviser un pogo bien gentillet, évoquant plus un test d'effort chez un cardiologue qu'une danse pré-pubère, dans laquelle il faut bien le dire, se joue déjà la future compétition que se livreront plus tard dans le milieu professionnel les mâles pour grimper les uns sur les autres, si possible les uns plus vite que les autres d'ailleurs...
Ouverture des portes à 20h, et fermeture à 23h. Horaire respecté donc pour les organisateurs qui relâchent après 1,5 heure de concert (oui, vous lisez toujours bien : une virgule cinq heure. D'ailleurs, j'hésite à mettre un "s", car y'en a plus d'une, mais moins que deux..., des heures...) les quelques milliers de victimes, espérons-le temporaires, d'acouphènes.
Allez, pour ce qui est de la note, j'hésite franchement... Car le son était vraiment affreux (Thurston Moore ouvrant la bouche comme un poisson, et aussi muet que lui d'ailleurs dans cette bouillie sonore). Et puis il nous fallait bien quelques dizaines de secondes après le début de chaque morceau pour le reconnaître (le morceau, hein...). Mais quand même, Sonic Youth, c'est Sonic Youth quoi. Et rien que pour ça, et les dizaines d'albums qu'ils nous ont laissé depuis plus de 25 ans, je mets 20/20.
Intemporel. Qui est indépendant du temps qui passe...