Paris [La Maroquinerie]
10/12/2007
Ce qui est bien avec Joseph Arthur (JA), c'est que l'on sait que chaque concert sera original et intense : c'est la quatrième fois que je le vois et à chaque fois, JA, tout en produisant un spectacle différent, m'a bouleversé : beauté des mélodies, puissance de la voix et de l'interprétation, maîtrise technique (la création de samples atmosphériques, éphémères et sublimes, en a scotché plus d'un). Ce soir, plusieurs indices augurent un concert en rupture avec son dernier passage à Paris: la petite salle biscornue de la Maroquinerie, la présence d'un groupe (les Astronauts) à ses côtés, un dernier album rock moyennement convaincant (Let's Just Be) se prêtent peu aux expérimentations picturalo-électroniques. Et puis, les fans les plus attentifs auront noté ces derniers mois un imperceptible changement chez JA : l'homme semble moins sombre, plus apaisé. Lors de l'avant concert, attablé avec ses astronautes au restaurant de la Maroquinerie, il se montre très classe, acceptant de bonne grâce dédicaces et photos.
JA se présente donc sur scène entouré de son nouveau line up : un clavier/guitariste Kraig Jarret Johnson (ex-Golden Smog), la bassiste Sybil Buck et le batteur Greg Wiz de Telescope , la guitariste Jen Turner, ex-Furslide (on en reparlera). Après un premier moment d'inquiétude (cette enceinte qui grésille !), JA se libère peu à peu, alternant les titres de Nuclear Daydream et de Let's Just Be. Le groupe compact et solidaire, le son puissant (presque un peu trop), la réinterprétation péchue ("on dirait les Clash", exagère mon voisin) donnent un nouveau relief à ces titres avec comme points d'orgue "Black Lexus" (émotion certifiée), "I Will Carry", "Diamond Ring". JA entame ensuite la seconde partie du concert, seul sur scène à la guitare sèche avec des classiques ("Honey And The Moon", "Vacancy", "Speed Of Light"...) qu'il expédie gentiment comme un gage à ses premiers fans. On sent cependant que l'humeur de la soirée est ailleurs. Le retour des Astromauts et notamment de Jen Turner (il ne faut pas être grand clerc pour comprendre qu'il se passe quelque chose entre JA et la sublime lead guitariste) lui donne l'occasion de conclure en apothéose le concert qui signe aussi la fin de sa tournée européenne avec un presque final ensorcelant à la guitare cithare.
Le concert de la Maroquinerie aura duré 2h15 (il n'avait joué que 1h 20 à Londres quelques semaines auparavant). Joseph Arthur aime Paris qui le lui rend bien. Joseph Arthur change en déconcertant certains de ses fans. C'est aussi pour ça qu'il demeure un artiste unique qui touche à l'intime et dont les chansons continuent à vous habiter longtemps après le concert.