Paris [La Maroquinerie]
30/05/2007
Built To Spill est, avec Yo La Tengo et Guided By Voices, l'un des trois groupes cultes qui, au début des années 90, ont échappé à ma sagacité de jeune à cheveux longs et chemises de bûcheron partagé entre folk et punk-rock. C'est réparé depuis quelques mois pour les deux autres, mais pour nos héros de ce soir, je n'ai découvert leur dernier album et décidé de prendre ma place que deux jours avant le concert.
J'ai appris à peu près en même temps que les (paraît-il) mythiques Camper Van Beethoven, qui devaient assurer la première partie, avaient annulé et qu'ils étaient remplacés par une session acoustique de Sentenza And The Holsters. Ce groupe français de blues rock est doté d'un talentueux chanteur-guitariste, beau gosse ténébreux tout droit sorti du film Dead Man, mais pour qui l'histoire du rock semble s'arrêter à la mort de John Bonham.
Après cette sympathique prestation, cinq bûcherons barbus déboulent sur scène pour installer le matos. Rapidement, l'un d'eux fait un signe à l'ingé son, la lumière baisse et les supposés roadies commencent à jouer "Liar", une ballade country-rock enlevée et joliment troussée. La voix de fausset du leader rappelle furieusement celle de Neil Young, dont l'ombre aura décidément hanté l'intégralité de la soirée. C'est donc ça Built To Spill ? Une version couillue et carrée de Herman Düne ? Heureusement ? et malheureusement pour mes tympans - la suite va s'avérer beaucoup plus électrique. Mon summum personnel arrive assez rapidement avec une version apocalyptique de "Goin' Against Your Mind". Mais le meilleur est pour la fin : "Conventional Wisdom", le morceau qui me trotte dans la tête depuis ma première écoute de l'album. Un démarrage en trombe, un riff assassin, une mélodie à tomber, une montée instrumentale orgasmique. J'ai à peine envie d'un rappel, histoire de garder ce souvenir du concert. Le rappel viendra pourtant, sous la forme d'un morceau unique d'une bonne quinzaine de minutes, dans lequel les trois guitares auront tout loisir de ferrailler.
Que retenir d'un tel concert ? Des moments de grâce, mais un gros regret : difficile de pénétrer ces morceaux très construits et très riches sans s'en être imprégné à l'avance. Et puis quelques fantaisies qui sentent l'amateurisme assumé, voire revendiqué : les longues séances de réaccordage entre les morceaux, et puis la reprise de trois morceaux de Camper Van Beethoven au beau milieu du set, histoire de compenser l'annulation, mais qui ne fut pas du goût de tous leurs fans. Qu'on se le dise, Built To Spill est un groupe qui vieillit sereinement, en continuant de distiller sa power-country-pop expérimentale de qualité sans (trop) se prendre la tête.